Départ pour la Suisse

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Lang Göns : temps brumeux et pluvieux.

Butzbach

Ostheim

Bad  Nauheim

Friedberg : Donjon; Arrêt 11 heures 35. Des infirmiers montent : major Mestrude. L’abbé Delattre reste au camp. Pays accidenté, cultures, seigle surtout.

Gross Karben

Dordewiel

Francfort-sur-le-Main : 5 à 600000 habitants. 19ème corps d’armée. Goethe. Abords : maisons sveltes à 2 ou 3 étages parmi les champs. Visages moqueurs ou hostiles. Boulevards magnifiques. Le Main : Très large, nous le passons sur un pont grandiose. Hauteurs très boisées, végétation luxuriante. Passons sur le côté de Francfort.

Wixhausen

Arheilgen : hangar à dirigeables

Darmstadt : 1 heure 35. grande gare, hall immense ; toutes les gares allemandes sont magnifiquement conçues

Les sapins réapparaissent, mauvais terrain sablonneux.

          Bickenbach sur la gauche, coteaux boisés sur lesquels s’amoncellent les nuages. Sur la droite, la plaine redevient fertile. Colline flanquée d’un donjon, spectacle grandiose, flancs cultivés.

           Zwingenberg

           Auerbach : soldats français travaillant le long de la route agitent leurs képis.

           Bensheim : 2 heures 25

           Heppenheim

           Weinheim : Cris hostiles. Paysage uniformément plat sur la droite, à gauche, toujours collines boisées ; culture du blé plus importante.

Nous voyageons en 3ème sans sentinelle à chaque wagon. Nous sommes bien.

           Ladenburg : nous traversons une rivière.

 Friedrichsfeld : 3 heures ½. Le Rhin est à quelques kilomètres sur notre droite. Nous sommes à peu près à la hauteur de «Verdun » et « Nancy » Culture du houblon.

Schwetzingen : énormément d’arbres fruitiers (noyers) le long des routes.

Hockenheim

Neulussheim : nous sommes sur le côté de Metz, sur notre droite, nous voyons se profiler les Vosges

Wiesental : (vallée des prairies) cultures, grandes exploitations, petites bandes juxtaposées.

Graben-Neudorf : culture du tabac.

Friedrichstal : tabac partout

Karlsruhe :100000 habitants environ

Forchheim : sur la droite, le Rhin, la chaîne des Vosges et la France. Cultures immenses de pommes de terre.

Wümersheim : des centaines d’enfants nous crient toutes sortes de choses.

Bietigheim : plaine très giboyeuse, lièvres, lapins en masse.

Öttigheim : pauvre pays.

Rastatt : nous voyons le camp de Rastatt et les baraquements. Je n’ose plus y penser.

Baden Oos : hangar à dirigeable. 6 heures 45

Sinzheim : 7 h 20

Steinbach : Strasbourg est à une quinzaine de kilomètres sur la droite. Pays à gauche merveilleux. Mamelons boisés. Forêt. Dans le lointain à droite, les Ballons d’Alsace.

Bühl

Gieswher         même paysage

Achern

Renchen

Appenweier: 8h. Sur la droite, nous apercevons la cathédrale de Strasbourg. A gauche, le soleil couchant éclaire de ses derniers feux les nuages amoncelés sur les cimes de la Forêt Noire. C’est presque comme un spectacle ; on dirait un incendie, un brasier au haut des monts.

8 h 30 : nous nous arrêtons en gare d’Appenweier où l’on nous sert une bonne petite gamelle de soupe, une tartine de pain et un quart de café.

Départ : 10 h 25

Offenburg: 10 h 35 du soir; nous quittons vers 11 h ¼.

Triberg : 2 heures du matin; Nous avons franchi à peine une quarantaine de kilomètres à travers quel pays ! Nous avons pu en juger un peu dans la nuit : des ravins, des précipices, des torrents, des monts escarpés, avec par-ci par-là sur notre route des cirques formés de rochers : c’est fantastique et inimaginable. Nous sommes sur la carte de France au niveau de Belfort et Epinal, plus à l’est évidemment et nous nous éloignons  de la France depuis Appenweier. Tunnels nombreux ; 2 machines remorquent notre train, une à l’avant, l’autre à l’arrière. En ce moment en dessous de nous dans la vallée, nous voyons se former des nuages.

Villingen : arrêt de 3 à 5 heures, pourquoi, mystère. Nous sommes présentement en route à 10 ou 15 km à l’heure.

Marbach : nous avons traversé tout le massif qui constitue la Forêt Noire et le paysage a changé du tout au tout.

Klengen : ce n’est pas le plat pays de Darmstadt à Rastatt, ce sont des ondulations de terrain peu accentuées et toujours boisées. La moisson est aussi bien moins avancée ; les champs de seigle et d’avoine sont encore visibles.

Grüningen : joli petit village dont les blanches maisons à toit de tuiles rouge s’étagent en côte au…..( ?). Nous sommes dans le Grand-duché de Bade depuis Friedrichsfeld. Prairies verdoyantes.

Donaueschingen : 700m au dessus du niveau de la mer. Gentille petite ville aux rues bien tracées, aux maisons blanches et idéalement propres que nous apercevons à travers les châtaigniers en fleurs. La plaine s’élargit en prairies immenses.

Pfohren: nid de cigognes sur un toit; nous traversons un nuage dans la vallée.

Geisingen : vallées.

Hintschingen

Immendingen : 6 h1/2 du matin. Nous sommes dans le voisinage de la Suisse ; le pays redevient très accidenté, par le fait, très joli.

Hattingen : Tunnel de 1km.  … profondes et verdoyantes, sapins partout, grimpant du bas des vallées au haut des collines et des monts ; …   … couvrent d’un immense manteau vert aux teintes variées ;…   ... maintenant s’élargit et se couvre de cultures et d’habitations charmantes.

Engen : 7 h ½ ; 500m au-dessus du niveau de la mer.

Welschingen qu’un mont isolé surplombe; nous sommes à 7km de la Suisse.

Mühlhausen : sur la droite, plusieurs châteaux forts en ruines, perchés comme des nids d’aigle, en haut de rochers isolés, sur les flancs des quels grimpent des arbustes divers ; c’est presque inaccessible; moyenâgeux.

Singen :

Radolfzell : lac superbe sillonné de barques aux blanches voiles, indépendant du lac de Constance dont nous approchons. Le Rhin débouche dans le lac que nous longeons en chemin de fer, en face de nous, à 3km environ, des collines bordant le Rhin sont en territoire suisse.

Hegne : nous descendons du train à Petershausen pour rassemblement par 4. On nous dirige sur une caserne où nous retrouvons beaucoup de nos camarades. Un grand nombre déjà ont été dirigés sur la France ces jours derniers. Il paraît qu’on doit passer ici 2 nuits. Attendons. Nous sommes logés dans une caserne allemande nouvellement édifiée. Dans la cour du quartier, nous voyons les soldats allemands, presque tous jeunes recrues, qui vaquent à leurs occupations. On ne se regarde même pas, on dirait qu’on est de vieilles connaissances.

 

 

Dimanche 18.

 

On nous avertit le matin que nous partons pour la France après midi. A 4 heures, rassemblement ; nous partons à la gare où nous arrivons à 5 h ¼ ; nous sommes 600. Sur la route, nous avons traversé le lac aux eaux vert glauque et nous fûmes ensuite en face du lac de Constance, sillonné de bateaux de plaisance, de paquebots superbes. Le lac s’étend à perte de vue, c’est une véritable mer, avec ses vagues et à certaines heures ses tempêtes. Au moment où j’écris, assis dans un compartiment de chemin de fer, le paquebot « Schweiz » passe à proximité de nous, à 50m sur le lac. Là-bas, au bout de l’horizon, aussi loin que mes yeux peuvent porter, c’est la nappe immense d’eau verte et la bordure sombre des montagnes lointaines.

 

 

Ce sont les dernières lignes écrites par notre grand-père en ma possession.

Par contre, j’ai retrouvé son livret militaire (en très triste état) et je vais essayé de continuer son parcours en France, jusqu’à la fin de la guerre.

 

Bureau de recrutement de Limoges : classé service auxiliaire. Décision de la commission de réforme de Limoges dans sa séance du 6 Janvier 1917.

 

Dates de passages et de libération :

_ dans la réserve de l’armée active : 1er Novembre 1900

_ dans l’armée territoriale : 1er Octobre 1910

_ dans la réserve de l’armée territoriale : 1er Octobre 1916

_ libération définitive du service militaire : 1er Octobre 1922

 

 

Sursis d’incorporation. _ Ajournements.

Tombé aux mains de l’ennemi à Maubeuge le 7 Septembre 1914. Prisonnier à Giessen le 26 Novembre 1914. Rapatrié et arrivé au corps le 31 Juillet 1915.

 

 

Déchirot Emile, résidant à Pont-à-Marcq, classe 1896, maintenu service auxiliaire par la Commission de Magnat Laval le 11 Mai 1917.

 

 

Classé service auxiliaire par la commission de réforme de Limoges du 6-1-17 ; maintenu service auxiliaire par la commission de réforme de Magnat Laval du 11-5-17, apte au front ; maintenu service auxiliaire par commission de réforme de St Lô du 30 Mars 1918.

 

 

Centre spécial de réforme de Limoges.

Maladie contractée en service.

Duplicata du billet d’hôpital

 

Déchirot Emile, Augustin, Caporal, 1ère section Infirmiers Militaires

Fait prisonnier le 7 Septembre 1914 à Maubeuge

Rapatrié le 2 Août 1915

Dépôt

Hôpital mixte à Angoulême du 15 Décembre 1916 au 3 janvier 1917

Classé service auxiliaire à Limoges 6 janvier 1917

Maintenu le 11 Mai 1917 à Magnac Laval

Evacué le 18 décembre 1917

Convalescence 45 jours

Dépôt

Front

Hôpital n°58 à Dunkerque du 18 au 29 décembre 1917

Hôpital n°60 à Dunkerque du 29 1917 au 4 janvier 1918

Hôpital n°78 à Amiens du 4 au 21 janvier 1918

Hôpital auxiliaire n°6 à Coutances du 22 janvier au 20 mars 1918

Convalescence 3 mois

Dépôt

C S R Limoges

Hôpital n° 50 à Limoges du 1er au 9 novembre 1918

 

 

Asthénie. Amaigrissement progressif. Hémoptysies.

 

 

Entré au centre spécial de réforme de Limoges le 9 novembre 1918.

 

Nature et description de l’infirmité :

 

Fatigue générale, amaigrissement, hémoptysies, hypertension artérielle

17/11 ; emphysème pulmonaire.

 

Invalidité 25%.

 

 

 

Carte envoyée par Madame Emile Déchirot

                           Park Strass 12

                           Pont-à-Marcq (Nord)

A                         Monsieur Emile Déchirot

                           Caporal Infirmier

                            Lazaret. Garnison

                           Compagnie 9 – Baraque A

                           Giessen

 

 

10 avril 1915

 

Mon cher, cher Emile.

 

Depuis Novembre, j’étais sans nouvelles de toi et ne vivais plus. Le 5, une carte de Giessen venait me donner ton adresse de Wetzlar, et mercredi, j’avais enfin une carte de ta main, celle du 8 Mars. Que je suis heureuse de te savoir en bonne santé. Surtout , cher aimé, prends patience, le Bon Dieu veille sur nous. Nous sommes tous bien portants, les enfants sont sages et prient pour leur père chéri ; tu les trouveras bien grandis et tu adoreras ta fille, qui est une petite femme. Tous les soldats, depuis que nous les avons, en raffolent et la comblent de friandises.

Tu vois, mon cher Emile, nous serons heureux et nous oublierons nos souffrances passées.

Beaucoup de Pont-à-Marcq sont prisonniers, Jules Pillot est à Soltau.

Marraine et les oncles sont en bonne santé, ta mère et mes parents te disent bien des choses. Marie a eu un garçon : Maurice, il a 3 mois ½, Emile en est le parrain. Séverin est mort hier et Mme Mélantois avant hier ; ses enfants sont partis depuis des mois et elle est morte sans les revoir.

Au revoir mon cher Emile, je te quitte avec l’espoir au cœur, il ne nous manque rien ; ton souvenir ne me quitte pas ; je suis toujours ta Germaine fidèle jusqu’à la mort ; en attendant le bonheur de te revoir, je t’embrasse pour nos enfants, je te donne tout mon amour et je reste ta femme qui t’adore.

J’écris à Gustave et lundi je vais dîner chez Fache et après midi je vais à Mons en Pévèle chez Duriez avec Emile. Baisers.

 

(reçue le 28 mai)

 

 

2ème carte envoyée le 19 avril 1915.

 

Mon Emile adoré,

 

Je suis désolée ! Toutes tes cartes m’annoncent que tu es sans nouvelles de nous et cependant je t’ai écrit 5 ou 6 fois depuis le 16 Février.

Je vais me mettre en route pour Roubaix, je vais t’expédier un paquet de friandises par la Croix Rouge et tacher de te faire parvenir cette carte. Dans le prochain paquet, je t’enverrai ma photographie récente avec ta fille.

Comment vas-tu, mon chéri, ma pensée est toujours près de toi et je t’adore de plus en plus. Nous sommes tous en bonne santé et nous avons des cartes de Gustave ; par conséquent, ta mère est contente aussi. Prends patience, mon Emile, nous prions pour toi et le Bon Dieu exauce nos prières . Les enfants sont bien grandis, Emile fera sa communion l’année prochaine. Seras-tu ici ? Dieu seul le sait, prends courage ; il ne nous manque rien et j’élève les enfants dans la pensée du devoir : tu n’auras rien à me reprocher. Au revoir, mon Emile, je te quitte avec l’espoir au cœur et t’envoie, dans mes baisers, tout mon amour.

 

Ta Germaine. 

 

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